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Si elle a vraiment été violée, pourquoi n-a t-elle pas parlé avant?

« Si elle a vraiment été violée, pourquoi n’a-t-elle pas porté plainte plus tôt, pourquoi n’a-t-elle pas parlé avant? ». Ces mots, on les entend ou lit encore beaucoup trop souvent. Et ils sont si injustes. Et violents.


Si elle n’a pas parlé plus tôt, c’est parce qu’un viol n’est pas seulement une atteinte au corps, c’est un traumatisme profond du cerveau….


Après un viol, beaucoup de victimes ne sont pas capables d’agir comme les autres l’attendent d’elles. Elles ne vont pas forcément chez le médecin. Elles ne portent pas forcément plainte. Elles n’en parlent pas forcément à quelqu’un…


Non pas parce qu’elles mentent, ou parce qu’il ne s’est rien passé de grave, mais parce que leur système de survie a pris le dessus….


Il y a la SIDÉRATION, cet état où le cerveau se fige et empêche toute réaction.

Il y a la HONTE, massive et envahissante, qui fait taire et isole.

Il y a le DÉNI et la MINIMISATION, quand le cerveau réécrit l’histoire pour rendre l’insupportable vivable.

Il y a L’AMNÉSIE TRAUMATIQUE, lorsque certains souvenirs sont mis de côté pendant des années comme un mécanisme de protection.

Il y a aussi LA PEUR : peur de ne pas être crue, d’être jugée, de briser une famille, de subir des représailles.


Exiger d’une victime qu’elle agisse immédiatement après un viol, c’est comme reprocher à une personne en état de choc de ne pas arriver à remplir clairement un formulaire de 36 pages…


Et puis poser la question « pourquoi n’a-t-elle pas parlé plus tôt ? » n’est pas une question neutre. C’est une question hyper violente qui déplace la responsabilité et la culpabilité, qui renforce le silence des victimes et qui protège les agresseurs, les criminels……


Les victimes (et mentionnons ici que les hommes aussi peuvent être victimes de viol) ne parlent pas trop tard. Elles parlent quand elles peuvent, quand elles ont les mots, quand elles ont la force, quand leur cerveau cesse enfin de les protéger. Et quand elles parlent, ça peut prendre non pas des années, mais même des décennies, et ce n’est ni un caprice ni une revanche. C’est souvent l’aboutissement de longues années de lutte/guerre/chaos intérieurs (et ce n’est rien de le dire….).


La vraie question n’est pas pourquoi elles ont parlé tard, mais pourquoi des personnes dans notre société ignore encore les mécanismes du viol, et se permettent de parler sans savoir.


Enfin n’oublions pas les victimes qui n’en parlent pas.

Et qui en meurent parfois.


Diana Becker

 
 
 

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